Madame Micheline Calmy-Rey

Présidente du DFAE
Palais fédéral
3000 Berne


Chêne-Bourg, le 23 octobre 2003



Madame la Présidente,

Je vous écris au nom du Comité pour la Paix pour faire part de notre profonde inquiétude à cause du sort des personnes déplacées hors du Kosovo.

Constitué en mars 1999 pour s’opposer à l’intervention des Etats-Unis et de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie, car elle ne pouvait que conduite à une situation encore pire que celle qui prévalait à l’époque. L’Histoire nous a, hélas, donné raison.

L'exposition de photos “ Vies déplacées ” présentée du 27 au 29 août 2003 au Musée international de la Croix-Rouge à Genève a révélé, sans aucun doute, la tragédie de centaines de milliers de personnes ayant dû fuir, en extrême urgence, le Kosovo pour sauver leur vie.

Voici un extrait du document référencé YU-E-00016 du Musée du CICR et dont vous trouvez en annexe la totalité : “ Le CICR, conjointement avec la Croix-Rouge yougoslave, fait face aux besoins les plus urgents des déplacés internes, en leur fournissant, depuis le début de la crise, des vivres et des secours non alimentaires; les plus vulnérables continueront à recevoir des rations alimentaires jusqu’en septembre 2003. Avec le temps, le nombre des personnes assistées dans le cadre de ce programme a progressivement été réduit, passant de 200’000 à 59’000. Cette diminution du nombre des bénéficiaires est le résultat d’efforts permanents visant à identifier et à ne venir en aide qu’aux plus vulnérables parmi les personnes déplacées. ”

Ainsi, le CICR, ayant dû déjà quitter le Kosovo dès 1999 [Le CICR retire son personnel du Kosovo 29-03-1999 Communiqué de presse 99/16], car sa sécurité était insuffisante, cessait encore son aide organisée conjointement avec la Croix-Rouge yougoslave à la fin septembre 2003.

Emu par le sort tragique de ces milliers de gens abandonnés à la veille de la morte saison dans des régions au climat rude, j’ai écrit à M. Jacob Kellenberger, directeur du CICR, pour obtenir confirmation.

En date du 30 septembre dernier, ce dernier m’a adressé, par l’intermédiaire du Dr Thomas Gurtner, Chef de l’Unité Sécurité Economique, une réponse circonstanciée apportant une heureuse nouvelle: l’assistance du CICR est maintenue jusqu’au 31 décembre 2003 et, pour la suite, ce sera le Ministère des Affaires sociales de la Serbie-Monténégro qui devra l’assumer.

Il n’est pas question de mettre en doute la compétence du Ministère des Affaires sociales de la Serbie-Monténégro, mais ce pays durement touché par les frappes aériennes, attendant en vain l’aide qui lui avait été promise, n’a, de toute évidence, pas la capacité à assurer l’assistance à des dizaines de milliers de personnes démunies, et peut-être à des centaines de milliers, si on inclut ceux qui ont dû quitter également la Croatie ou la Bosnie.

L’aide qu’apporte depuis la Suisse quelques comités de bonne volonté reste, hélas, dérisoire face à l’importance des besoins. Aussi, au nom de la simple solidarité humaine, nous vous demandons de faire quelque chose pour que notre pays apporte, à ces gens dans le besoin et dans la détresse morale, une aide chaleureuse.

En plus de la compassion pour le drame que vivent ces milliers de gens, l’engagement de la Suisse par la présence de la Swisscoy implique notre pays dans ce qui s’avère être, de facto, une indéniable épuration ethnique.

En outre, les propos tenus par M. Christen à son retour de son voyage en février dernier au Kosovo, à savoir : “ Seule une solution régionaliste et fédéraliste pourra assurer la sécurité des minorités serbes, qui, à terme, pourra aboutir à un Kosovo indépendant de la république Serbie-Montenegro ”, sont en totale contradiction avec la résolution 1244 de l’ONU “ Réaffirmant l’attachement de tous les États Membres à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la République fédérale de Yougoslavie et de tous les autres États de la région, au sens de l’Acte final d’Helsinki et de l’annexe 2 à la présente résolution, ”. Et par dessus le marché, M. Christen, Président de notre Parlement, fait sembler d’ignorer que la mission confiée par le Conseil de sécurité de l’Onu à la Minuk d’assurer la protection des minorités a lamentablement échoué ! Ces propos inquiétants pourrait-il laisser à conclure que notre pays participerait à une politique favorisant la sécession de Kosovo ?

Ainsi, qu’il s’agisse de l’abandon de plus de 200'000 victimes d’une épuration ethnique caractérisée ou de l’implication, nolens volens, de la Swisscoy dans ce processus, la gravité de ces faits interpelle la Suisse à la fois pour des raisons humanitaires et politiques.

Par ce courrier, nous espérons que votre réaction permettra d’éviter que la bonne volonté mise par notre gouvernement ne serve, en fin de cause, des desseins contraires à ceux qui ont fondés l’engagement humanitaire de la Suisse dans cette région. S’engager pour la Paix et, finalement, participer ou tolérer une épuration ethnique serait évidemment une tragédie pour les minorités ayant dû fuir le Kosovo, mais également pour notre pays.

Tout en restant à votre disposition pour tout complément d’informations, et dans l’attente de vos nouvelles, je vous adresse au nom du Comité, Madame la Présidente, nos salutations les meilleures.



Julien FONJALLAZ
Professeur honoraire
Comité pour la paix en ex-Yougoslavie

Annexe:
(1) Copie de la réponse du CICR
(2) L’Appel de Genève
(3) Copie du courrier à Madame Dreifuss du 1er avril 1999
(4) Copie de la pétition remise aux autorités fédérales et réponse du 11 octobre 2000
(5) Copie du courrier au Président du Conseil National1 du 20 mai 2000
(6) CICR : Des vies déplacées YU-E-00016
(7) Articles décrivant la terreur régnant contre les minorités du Kosovo

La réponse de Micheline Calmy-Rey

Retour