S21 la machine de mort khmère rouge de Rithy Panh

S21 la machine de mort khmère rouge de Rithy Panh

Visions du réel Nyon 24-30 avril 2006 Festival international de cinéma, Salle Colombière.
Jeudi 27 avril 20h30 Soirée spéciale Rithy Panh pour la projection.
Vendredi 28 avril Atelier le matin sur le film avec Rithy Panh et Vann Nath. Photos prise durant l'atelier.

Lui-même survivant du régime des Khmers rouges, Rithy Panh a également animé un atelier le vendredi matin avec la présence de Vann Nath (au premier du public), un des rares rescapés de cette machine à détruire des humains que fut la "libération" du Cambodge par des marxistes, S21 n'étant qu'un des lieux de mises à mort.

Vann Nath et Rithy Panh après l'Atelier Le château de Nyon en face de la Salle Colombière

Le film a demandé plusieurs années afin que les victimes et leurs bourreaux acceptent de se rencontrer en présence de la caméra de Rithy Panh sur le lieu de l'horreur. Le tournage a eu lieu plus de 20 ans après la fermeture de S21, bureau de sécurité mais en fait un centre de tortures, dont les victimes une fois qu'elles avaient avoués qu'elles étaient des agents de l'URSS, du Vietnam ou de la CIA, étaient transportées à quelques kilomètres pour y être assommées à coup de barre, puis égorgées et enfin jetées dans un trou.

Vann Nath dans S21, une école construite par la France Le deuxième des 7 rescapés sur les 18'000 détruits à S21
Vann Nath dans S21, une école construite par la France Le deuxième des 7 rescapés sur les 18'000 détruits à S21

Ce film est bien évidemment émouvant, l'engagement de Rithy Panh à le réaliser sont tout à fait méritoire, mais deux graves problèmes l'entâchent considérablement, et ceci est d'autant plus regrettable que ce documentaire se veut un élément important de la mémoire du génocide.

En effet, à part quelques brefs rappels au début du film, le drame cambodgien de 1975 à 1979 se restreint à un huis-clos entre les Khmers rouges de S21 et un des rares survivants de ce centre de tortures et de liquidation. Mais il ne s'agit donc que des exécutants, opérant interrogatoires, tortures et destructions finaux selon des procédures décidées par des chefs qui donnaient l'ordre d'incaceration et qui demeurent invisibles dans ce film. Et en plus, dans une scène où Vann Nath, après avoir expliqué qu'il devait sa survie par le fait que les portraits qu'il avait peint de Pol Pot lui avait plû, répond à la question de savoir s'il pouvait pardonner. Après une longue réflection, il répond qu'il y réfléchira quand ses bourreaux demanderont pardon. Mais, ni les exécutants de S21, ni les chefs des Khmers rouges n'ont demandé pardon à leurs victimes, mortes, à leurs familles ou aux rares survivants.

Suit une séquence surréaliste où il est dit "il n'y aurait pas de coupables". C'est intolérable alors que non seulement les chefs des Khmers rouges sont pleinement connus et qu'en plus, ils sont encore vivants et même, pour certains, en liberté. Pour un film qui se veut partie de la mémoire du génocide cambodgien, l'occultation du fait que les chefs coupables de horreurs commises dans S21 et dans tous le pays devenu un camp de d'extermination, cet "oubli" pourrait faire songer à un négationnisme couvrant les auteurs du génocide. Incompréhensible.... sauf si Rithy Panh est encore intoxiqué par l'idéologie socialiste, ce qui explique pourquoi, à aucun moment, l'auteur ne rappelle que les Khmers rouges était un parti communiste reconnu par la République populaire chinoise, l'URSS et d'autres partis communistes.

Rithy Panh Nyon Vision du réel En plus,Cette deuxième omission enlève à ce documentaire son importance dans le travail de mémoire. Car, en fait, les Khmers rouges étaient des communistes comme les autres, ne pouvant maintenir leur régime que par la terreur de masse. Oublier la réalité de l'identité des auteurs du génocide cambodgien dans un documentaire qui se veut un acte de mémoire fait, hélas, de S21 une tentative de désinformation. C'est la même ligne politique que L'Humanité, journal du PCF, qui oublie que Pol Pot, Ieng Sary et Khieu Samphan, les 3 chefs Khmers rouges ont été formés par ce même PCF alors qu'ils étaient à Paris dans les années 50. De plus, l'occultation du rôle du roi Norodom Sihanouk, qui a permis aux Khmers rouges de prendre le pouvoir et qui a caché le génocide alors qu'il aurait pu obtenir de l'Onu une action pour y mettre fin (discours du 6 octobre 1975 de Sihanouk à l'Assemblée générale de l'ONU en tant que chef d'Etat du Kampuchéa), fait douter des motivations de l'auteur.
Hélas, S21 corrobore ainsi cette idée scandaleuse d'un génocide "exotique" organisé par des fondamentalistes voulant engendrer une société agricole primitive. Rithy Panh se fait négationniste des crimes communistes, car il "oublie" que les leaders khmers rouges avaient été formé, en France, par le parti communiste français. Quant aux pertes humaines, elles ne seraient que le prix à payer pour créer le nouveau Cambodge, le Kampuchéa avec son "homme nouveau", un esclave terrorisé, comme dans tout régime communiste.

Dans un tel contexte, avec un tel réseau de complices, le procès des Khmers rouges n'est pas pour demain. Dommage pour Jacques Vergès qui est l'avocat de Khieu Samphan, son vieil ami de 50 ans quand ils étaient à Paris deux membres du PCF qui se chargea de leur instruction politique!

Ces dures critiques ne sont pas académiques! Car, que penseront des jeunes du Cambodge ou d'autres pays suite au visionnement de S21? Ils en déduiront que dans un pays d'Indochine, une organisation diabolique a mis à mort près de 2 millions d'innocents pour créer l'utopie d'une société paysanne parfaite puisque sans classe, sans propriété privée et sans monnaie, mais pas sans police. C'est un énorme mensonge alors que les coupables étaient les chefs d'un parti communiste, fonctionnant comme tous les partis communistes, et agissant dans le but de construire la société socialiste sans classe selon l'idéologie marxiste. Ni les cris des victimes, ni l'horreur des enfants des "coupables" assommés pour les faire également disparaître avec leurs parents, rien de ces années d'horreur n'arrêteront leur génocide, persuadés que c'était le juste prix pour construire le nouveau Kampuchéa. La photo de famille ci-dessous, Douch, encore vivant, le chef de S21, avec ses cadres et leurs familles.

Douch chef de S21 avec ses cadres et leurs familles.

S21, dommage que le talent de Rithy Panh n'ait produit qu'une oeuvre quasi négationniste, en ce sens qu'elle occulte l'idéologie communiste des Khmers rouges. Dommage car cela compromet gravement l'oeuvre de mémoire de ce documentaire!!!

Monsieur Vann Nath, à Nyon, devant le cinéma où a été projeté S21 ou a eu lieu un Atelier. Hélas, le peintre survivant n'a plus une santé suffisante pour lui permettre de poursuivre la réalisation de tableaux sur le Cambodge actuel.

Espèrons qu'il retrouvera une pleine santé afin de lui permettre de poursuivre son oeuvre, si importante pour lui et pour tous.

Nyon, vendredi 28 avril 12h30

compteur

Lors du débat qui suivit la projection, à côté de Rithy Panh, un journaliste du Monde. Pas un mot de critique ni d'excuse de ce quotidien dont les journalistes se réjouissaient en avril 1975 l'arrivée des Khmers rouges à Phnom Penh! Ces journalistes ont pu, eux, quitter le pays! pas les Cambdogiens. Quelques articles du Monde, le quotidien de révérence au communisme d'avril 1975.

Remarque: S21, c'était la solution pour détruire 1% des victimes du génocide. En en faisant la remarque à Rithy Panh, ce dernier informe que d'autres centres ont existés, mais les chiffres n'étaient pas importants selon le réalisateur.

La corruption des esprits par l'idéologie communiste a encore de beaux jours devant elle! Et pas seulement au Cambodge, même si, en janvier 2006, le Conseil de l'Europe a enfin condamné les crimes commis au nom du communisme… Mieux vaut tard que jamais!

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